Les amateurs de l’émission « On n’est pas couché » sur France 2 (présenté par Laurent Ruquier), n’auront sans doute pas manqué de remarquer la présence d’une petite nouvelle dans l’équipe : l’horloge!

Dès lors qu’un invité politique s’assoit dans le fauteuil pour être interviewé, celle-ci fait son apparition et agit comme un chef d’orchestre au milieu de débats souvent mouvementés.

 

L’explication ? L’élection présidentielle bien entendu, et avec elle, l’infernal retour du décomptage du temps de parole et d’antenne…Décryptage de cette angoisse médiatique.

 

Les notions de temps de parole et de temps d’antenne.

 

Dans les règles édictées par le CSA[1], que nous verrons dans un deuxième temps, celui-ci distingue entre le temps de parole des candidats et le temps d’antenne des candidats.

 

Le temps de parole, est tout simplement comme son nom l’indique, le temps durant lequel le candidat a parlé. C’est à ce moment là que l’on retrouve la fameuse horloge sur différents plateaux de France 2. En effet, depuis quelques semaines, dans les émissions recevant des invités politiques (« Des paroles et des actes » présenté par David Pujadas ou encore « On n’est pas couché » présenté par Laurent Ruquier), il est possible de voir un décompte se faire, dès lors qu’ils interviennent, débattent ou répondent à une question.

Le temps d’antenne est quant à lui différent. En effet, il ne s’agit plus de celui durant lequel le candidat parle, mais celui durant lequel on parle de lui. Cela peut être des reportages, des documentaires ou encore des éditos qui leurs sont consacrés.

 

Cette année encore, se pose la question du décompte du temps d’antenne, des interventions de journalistes, compagnes(ons) d’hommes (femmes) politiques, candidat(e)s ou engagé(e)s dans la campagne présidentielle.

Le dernier exemple en date est celui de la journaliste de France 2 et France Inter Audrey Pulvar, qui intervient dans des émissions où sont notamment reçues de nombreuses personnalités politiques. Compagne d’Arnaud de Montebourg, homme politique engagé très clairement dans la campagne électorale (candidat aux primaires socialistes et soutient de François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle), la journaliste n’a jamais caché ses préférences politiques. La question a donc été posée de savoir si, certaines de ses interventions dans lesquelles elle était susceptible d’apporter un appui à des opinions ou propositions faites par le parti politique soutenu par son compagnon, devait être décomptées du temps d’antenne du candidat socialiste. Le CSA a répondu par la négative à cette question. Ne voyant en Audrey Pulvar que la journaliste, il n’émet aucune réserve sur sa présence sur les antennes télévisées et radiophoniques. Bémol tout de même pour la journaliste, dont l’émission politique sur I-TELE avait été arrêtée après que son compagnon ait officiellement décidé d’entrer dans la campagne présidentielle, France Inter a souhaité qu’elle ne fasse plus de sujets concernant la politique intérieure dans son émission, et ce jusqu’à la fin de la campagne.

 

Cette décision du CSA sonne l'avènement d'une nouvelle ère. En effet, les précédents sur la question ont généralement connu des débouchés bien différents. Excepté le cas de la journaliste Christine Ockrent, femme de Bernard Kouchner, qui a pris la direction de France 24 (chaîne d’information) alors que son mari était ministre des affaires étrangères, les autres journalistes, compagnes d’hommes politiques, ont été écartées de leur poste. Ainsi, l’émission de la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, journaliste politique, a été arrêtée (provisoirement ?) par la chaîne direct 8. En 2007, Béatrice Schönberg, compagne de Jean-Louis Borloo qui soutenait officiellement Nicolas Sarkozy, a été écartée de la présentation du 20h de France 2 durant quelques mois. La même année, Marie Drucker, compagne de François Baroin, avait été suspendue de la présentation du soir 3 durant la campagne présidentielle. Enfin, en 1997, après la nomination de son mari comme ministre, Anne Sinclair avait décidé de quitter la présentation de l’émission 7/7.

 

Les règles de temps du parole

 

L’article 16 de la loi du 30 septembre 1986 dispose que « Le Conseil supérieur de l'audiovisuel fixe les règles concernant les conditions de production, de programmation et de diffusion des émissions relatives aux campagnes électorales que les sociétés mentionnées à l'article 44 sont tenues de produire et de programmer (…) ».

Pour se faire, l’autorité de régulation a publié le 7 décembre 2011, au journal officiel, les règles qu’elle a édicté pour la campagne à l’élection présidentielle de l’année 2012.

Il faut distinguer trois périodes :

-          Du 1er janvier 2012 au 20 mars 2012 (date de publication de la liste officielle des candidats au journal officiel) : équité du temps de parole et du temps d’antenne en fonction de la représentativité de chaque « candidat », la représentativité étant liée aux derniers résultats électoraux et aux scores dans les sondages

-          Du 20 mars 2012 au 8 avril 2012 : équité du temps d’antenne et égalité du temps de parole

-          Du 9 avril 2012 au 6 mai 2012 : égalité du temps de parole et d’antenne « dans des conditions de programmation comparables ». Il faut entendre par cette notion le fait que les candidats doivent avoir un traitement égalitaire. Par exemple, si l’un est invité au JT de 20h, l’autre ne peut pas être relégué à une émission de milieu de la nuit.

 

Cette dernière phase n’a pas été choisie au hasard par le CSA pour mettre en place le régime d’égalité. En effet, en application de la loi 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel, le décret 2001-213 du 8 mars 2001 donne une indication de la date à retenir. Il faut pour cela associer deux articles :

-          L’article 10 qui dispose que « La campagne en vue de l'élection du Président de la République est ouverte le deuxième lundi précédant le premier tour de scrutin. Elle prend fin la veille du scrutin à zéro heure. S'il y a lieu de procéder à un deuxième tour de scrutin, la campagne s'ouvre à compter du jour de la publication au Journal officiel des noms des deux candidats habilités à se présenter. Elle prend fin la veille du scrutin à zéro heure. »

-          L’article 15 premier alinéa qui dispose que « A compter de la date de début de la campagne mentionnée à l'article 10 et jusqu'au tour de scrutin où l'élection est acquise, le principe d'égalité entre les candidats doit être respecté dans les programmes d'information des sociétés nationales de programme et des services de communication audiovisuelle autorisés ou concédés en ce qui concerne la reproduction ou les commentaires des déclarations et écrits des candidats et la présentation de leur personne ».

 

Le CSA reprend la distinction contenue dans le décret du 8 mars 2001, entre les journaux télévisés, les magazines d’information et les émissions spécialisées des programmes télévisés. En effet, comme le prévoit le décret, ces obligations liées à l’égalité (temps de parole et d’antenne) ne concernent que les « programmes d’information ».

 

La campagne présidentielle : une angoisse médiatique

 

Qui dit campagne présidentielle, dit pour les journalistes politiques retour des règles du temps de parole.

Au moment de l’élection présidentielle de 2007, force était de constater que le régime stricte des temps de parole était extrêmement compliqué à appliquer pour les journalistes, devant orchestrer les débats entre plusieurs candidats.

Une demande avait donc été faite auprès du Conseil constitutionnel pour que soient modifiées les règles du temps de parole et notamment la durée du régime d’égalité. En effet, les journalistes souhaitaient voir celle-ci réduite. Le Conseil Constitutionnel avait botté en touche, renvoyant la question du CSA. L’autorité de son coté, avait renvoyé la question au Conseil Constitutionnel…

Cette année, les règles posées par le CSA sont similaires. De ce fait, les soucis rencontrés par les journalistes le sont aussi. Une nouvelle demande a donc été formulée par neuf groupes de radios et télévisions auprès du Conseil Constitutionnel, qui n’a toujours pas répondu favorablement à cette demande.

La question de la modification des règles du temps de parole pendant la campagne présidentielle n’est donc, apparemment, toujours pas d’actualité…

 


[1] Article 16 de la loi 86-1067 du30 septembre 1986 relative à la liberté de communication : « Le Conseil supérieur de l'audiovisuel fixe les règles concernant les conditions de production, de programmation et de diffusion des émissions relatives aux campagnes électorales que les sociétés mentionnées à l'article 44 sont tenues de produire et de programmer (…) »

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